La martre des pins (Martes martes) pèse rarement plus de deux kilogrammes. Face à un chat domestique adulte dont le poids moyen avoisine quatre à cinq kilogrammes, le rapport de force ne lui est pas favorable. Les cas de mortalité féline directement imputables à une martre concernent quasi exclusivement les chatons, les individus gériatriques ou les chats déjà affaiblis par une pathologie. Nous observons que la confusion entre martre et fouine alimente une bonne part des signalements abusifs.
Martre ou fouine : une confusion qui fausse le diagnostic
La majorité des propriétaires de chats en milieu rural attribuent à la martre des pins des dégâts causés par la fouine (Martes foina). Les deux espèces appartiennent au même genre, partagent une silhouette proche et sont actives la nuit. La distinction est pourtant déterminante pour évaluer le risque réel.
La fouine est anthropophile. Elle colonise les greniers, les combles, les garages. La martre des pins reste forestière et évite les bâtiments habités. Un mustélidé qui circule dans un grenier au-dessus d’un chat endormi est, dans l’écrasante majorité des cas, une fouine.
Le bavette blanche de la fouine descend sur les pattes avant, alors que la martre porte un plastron jaunâtre à orangé, bordé et ne débordant pas sur les membres. Les empreintes diffèrent aussi : la martre laisse des traces de pelotes interdigitales plus écartées, adaptées à la locomotion arboricole. Sans identification précise de l’espèce, tout discours sur le « danger martre pour le chat » repose sur du sable.

Capacités de prédation de la martre face à un chat domestique adulte
La martre est un prédateur agile, doté de griffes semi-rétractiles et d’une mâchoire capable de percer le crâne d’un écureuil. Son régime alimentaire naturel cible les micromammifères, les oiseaux nicheurs, les œufs et les fruits. Le chat domestique ne figure pas dans son spectre de proies habituelles.
En situation de confrontation, la martre privilégie la fuite ou l’intimidation (cris rauques, posture arquée, émission d’une sécrétion musquée). L’attaque survient quand l’animal est acculé, typiquement dans un espace clos comme un grenier ou un appentis, ou lorsqu’une femelle défend sa portée au printemps.
Vulnérabilité réelle selon le profil du chat
Un chat adulte en bonne santé, pesant plus de trois kilogrammes, dispose d’un avantage de masse et de puissance de frappe (griffes rétractiles, réflexes de félin). La martre ne s’y attaque pas volontairement. Le risque devient tangible pour :
- Les chatons de moins de quelques mois, dont la taille et la mobilité les rapprochent d’une proie naturelle de mustélidé
- Les chats très âgés ou immunodéprimés, incapables de riposter efficacement lors d’une rencontre nocturne
- Les chats enfermés accidentellement dans un espace où une martre (ou une fouine) a établi son gîte, ce qui crée un huis clos de stress mutuel
En dehors de ces configurations, les blessures par mustélidé sur chat adulte restent superficielles : griffures, morsures punctiformes, abcès secondaires.
Statut réglementaire de la martre des pins et pression locale
La perception de la martre comme « nuisible » influe directement sur sa densité autour des habitations et, par ricochet, sur la probabilité de rencontre avec un chat. En France, la martre des pins figurait sur la liste des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD) de catégorie 2, ce qui autorisait sa destruction administrative dans certains départements.
En mai 2025, le Conseil d’État a imposé son retrait de la liste ESOD, faute de données de suivi suffisantes. Un projet d’arrêté mis en consultation publique en juillet 2026 envisage toutefois de réinscrire l’espèce en considérant son état de conservation comme favorable.
Ce va-et-vient réglementaire a un effet concret. Dans les départements où la destruction administrative était pratiquée, la pression de tir maintenait artificiellement une densité basse de martres autour des hameaux. L’arrêt des destructions peut entraîner un retour progressif de l’espèce en lisière d’habitations, augmentant mécaniquement la fréquence des rencontres avec les animaux domestiques.

Morsure de mustélidé sur un chat : conduite vétérinaire
Toute morsure de mustélidé (martre ou fouine) sur un chat justifie une consultation vétérinaire rapide. La flore bactérienne buccale des mustélidés provoque fréquemment des abcès sous-cutanés en quelques jours. Les plaies punctiformes, peu visibles sous le pelage, passent inaperçues jusqu’à la formation d’une collection purulente.
Nous recommandons de palper systématiquement le chat au retour de ses sorties nocturnes en zone rurale, en insistant sur la nuque, les épaules et la base de la queue, zones de morsure les plus fréquentes lors d’une interaction dorsale typique d’un mustélidé.
Points de vigilance post-morsure
- Gonflement chaud et douloureux apparaissant 48 à 72 heures après la sortie, signalant un abcès en formation
- Baisse d’appétit et prostration, souvent les premiers signes visibles par le propriétaire
- Plaie punctiforme unique ou double (espacement des canines de mustélidé), parfois masquée par le sous-poil
- Fièvre persistante malgré un état général apparemment normal, nécessitant une antibiothérapie ciblée
Réduire le risque de confrontation martre-chat en zone rurale
Limiter les sorties nocturnes du chat reste la mesure la plus efficace. La martre est strictement nocturne et crépusculaire. Un chat rentré avant la tombée de la nuit échappe à la quasi-totalité des interactions avec les mustélidés sauvages.
Obturer les accès aux combles (tuiles de rive décalées, ouvertures de ventilation non grillagées) réduit le risque de cohabitation forcée dans un espace clos. Une grille à mailles suffisamment fines empêche l’intrusion sans compromettre la ventilation de la charpente.
Les répulsifs olfactifs du commerce n’ont aucune efficacité démontrée contre la martre des pins. Les dispositifs à ultrasons donnent des résultats inconstants et ne remplacent pas l’obturation physique des accès.
La présence d’une martre dans un jardin rural ne constitue pas, en soi, une menace pour un chat adulte en bonne santé. Le risque réel se concentre sur les chatons et les individus vulnérables, dans des configurations spatiales précises. Identifier correctement l’espèce en cause, sécuriser les combles et limiter l’accès nocturne du chat suffisent à ramener ce risque à un niveau négligeable.

